Rudy Bonte
AdopteUnArtiste - Réseau Social d'Art
24 août 2018

Nu Artistique - Synonyme d'harcèlement ?

Je souhaite aborder aujourd’hui un sujet qui à mon sens est bien trop peu médiatisé : le nu artistique et ses conséquences. Je vous conseille donc de vous installer confortablement, cet article sera assez conséquent.

Véritable tendance en expansion sur les réseaux sociaux, le nu artistique est devenu une pratique de plus en plus exercée par les amateurs. Mais quels sont les réels enjeux de ce phénomène de mode sur internet ?

Je vous propose de découvrir le témoignage de :

Nous avons demandé à Maxence, Amandine et Victoire, selon eux, comment était perçu le nu artistique par les personnes.

Selon Maxence

Les personnes ouvertes d’esprits comprennent et ne se basent pas que sur la nudité, mais sur le rendu final de la photo. Beaucoup aiment le nu artistique, quand c’est bien fait, et que ça ne tend pas vers la vulgarité.

Selon Amandine :

La perception du nu est propre à chacun, à la vision qu’on a du corps, ce qu’il nous évoque, provoque en nous, que ce soit proches ou inconnus. Le degré de pudeur est la clé.

Selon Victoire : 

En me lançant dans ce domaine, j’ai confronté beaucoup d’incompréhension, de remarques de la part de mes proches, beaucoup de mes proches le voit comme un mal-être ou comme une envie intense de me démarquer ou que l’on s’intéresse à moi. Ma famille, très conservatrice ne me soutient absolument pas et je suis même devenue inexistante pour certains. Pour autant, cela m’a amené à rencontrer des personnes ouvertes et vraiment intéressantes qui voit cela tel qu’il est, de l’art justement, une forme d’expression que j’ai choisie. A ma grande surprise, j’ai très peu (voire pas du tout) de messages irrespectueux de la part d’inconnus. 

Rentrons directement dans le vif du sujet, et parlons critique. Le nu artistique est-il synonyme de critique de nos jours ?

Maxence :

Malheureusement, il y aura toujours des gens simples d’esprit qui vont prendre ces photos pour une invitation et mettre des commentaires déplacés ou critiquer ouvertement le modèle sur son physique ou sur le fait qu’elle soit nue.

Par exemple, pour les commentaires les plus fréquents on peut retrouver :

« Tu te mets à poil pour avoir plus de likes, de followers. » ou « Tu n’es pas une fille bien à faire des photos comme ça. ». Dans les grandes lignes, c’est le message qui passe, avec un langage bien plus vulgaire et agressif.

De toute façon quand on fait quelque chose de différent et qu’on sort de la banalité, on reçoit toujours des critiques.

Pour ma part, du fait que je sois le photographe et surtout un homme, je reçois beaucoup moins de critiques que les modèles. 

Amandine : 

Effectivement, c’est une des raisons pour laquelle beaucoup ne s’osent pas au nu, les critiques sont quotidiennes, virulentes et faciles via internet, il faut toujours prendre du recul et être assez sûre de soi pour y faire face. 

Victoire :

Se lancer dans quelque chose qui dérange appelle forcément à un avis quel qu’il soit, et plus on gagne en notoriété, plus cet avis peut être déplacé, méchant ou véritablement blessant. Je pense que la chose qui m’ait le plus touché c’est le fait que certaines personnes que je connais depuis des années ne m’adressent plus la parole parce qu’elles me jugent différente. Cela amène à se remettre en question et c’est douloureux, mais si on assume ce que l’on fait, on est assez fort pour trier le vrai du faux parce qu’on se connaît, alors les critiques d’autrui passent au-dessus. 

Comment réagissez-vous à ces critiques ?

Maxence :

Personnellement, je n’y prête plus trop attention, et avant tout shooting, notamment en collaborations, je préviens le modèle sur le fait qu’elle sera forcément exposée aux critiques ou qu’elle aura des retours négatifs sur son profil Instagram de personnes lourdes.

Je supprime et bloque les personnes aux comportements déplacés, c’est radical mais ça évite de se faire harceler de messages et commentaires inutiles. Je pars du principe que si on n’aime pas ce que je fais, on a rien à faire sur mon profil Instagram. 

Amandine :

Une critique peut être constructive quand il s’agit de dire au modèle pourquoi cela plaît ou ne plaît pas sans pour autant passer par des propos agressifs ni porter atteinte à la personne.

Personnellement il y a des jours où j’ignore simplement les critiques sans fondements, je les censure automatiquement si elles sont trop violentes, et parfois j’y réponds avec de l’humour (quand je suis dans un bon jour). 

En tant que modèle, lorsque l’on publie, il faut accepter que tout parte de nous et donc en accepter les conséquences, je fais du coup extrêmement attention au contenu que je publie, je le dirige en fonction de mes envies mais aussi de mon audience. J’ai aussi pris la décision de rester en compte privé sur Instagram pour avoir plus de facilité à filtrer et à choisir les personnes qui souhaitent faire partie de ma communauté. Quitte à être moins exposée que d’autres aux yeux de tous.

Victoire :

On reçoit tout au long de notre vie des critiques, par nos parents, nos professeurs, puis de notre entourage. On a besoin de critiques, d’avis extérieurs pour avancer, qu’elles soient positives ou négatives. Tant qu’elles sont construites elles sont recevables pour moi; excepté la méchanceté gratuite. Le cyber-harcèlement est malheureusement trop peu écouté mais il est puni, il faut savoir que dans ces cas-là, on n’est pas seul, et que la personne qui ose porter un jugement dans le seul but de blesser est bien moins instruit que vous et qu’il est dans le faux.

La remise en question est constante. Suis-je assez jolie? Suis-je assez mince? Se montrer sur les réseaux ou autre oblige certaines remises en questions qui sont parfois justifiées, par exemple le fait de faire du nu artistique pour soi, pour exprimer une forme d’art qui nous plait ou est-ce pour s’exhiber et appeler à la notoriété… Tout ce qui relève du culte de la perfection dans lequel notre société baigne ne fait que créer des complexes et n’est pas nécessaire, même si cela est plus dur à déclarer qu’à surmonter!

Pouvez-vous m'expliquer comment se déroule un shooting porté sur le nu ?

Maxence :

Je me base toujours au feeling qu’il y a entre le modèle et moi-même, et je fais toujours un brief et un moodboard avant tout, pour montrer des exemples de mes photos ou de photos que je trouve sur Instagram qui m’inspirent. Pour montrer le rendu que je voudrais avoir ou du thème que j’aimerais faire. C’est très important, surtout pour les premières collaborations. Pour les modèles avec qui j’ai déjà travaillé, c’est bien plus libre.

Ça me permet d’avoir déjà une idée du shooting que l’on va faire et de répondre aux éventuelles questions qu’un modèle pourrait me poser avant ou pendant la séance.

J’échange sur l’ensemble du projet avant avec la/les modèle(s), pour que tout soit clair le jour du shooting.

C’est essentiel, et ça nous permet de voir ce qu’on peut faire ou ne pas faire le jour J et de s’adapter en fonction de la personnalité du modèle et de nos idées.

Egalement, je fais toujours signer un contrat, ça permet de rassurer le modèle quant à l’utilisation de ses photos.

Je préfère faire une grande partie du travail en amont, tout en gardant une liberté à la créativité le jour du shooting, mais l’expérience m’a appris qu’il vaut mieux que tout soit clair avant le shoot. 

Amandine : 

Chacun fonctionne différemment, pour ma part j’accorde une grande importance au travail et rendu du photographe, si son style me plaît, je le contacte et inversement si l’un d’eux me contacte de lui-même. Ensuite, le feeling est essentiel, j’ai souvent fait volte-face en voyant la façon qu’ont certains de s’adresser à leurs modèles (propos ambigus, sous-entendus déplacés, ou à l’inverse froideur et stérilité, manque d’ouverture …) si ces deux critères sont respectés, alors le shoot a lieu. Moodboard ou non, j’aime aussi faire en fonction du lieu où le shoot se déroule. L’inspiration vient pour ma part sur le moment et est toujours liée à mon humeur.

Victoire :

Que ce soit pour un shoot plutôt mode ou de nu, je discute du projet avec le/la photographe. On travaille autour d’un thème ou d’un message, on échange des photos inspirantes ou qui amène à se projeter dans le travail. La collaboration doit se passer dans l’échange et le feeling, si l’une des deux personnes n’est pas investie dans le projet ou n’est pas satisfaite ou à l’aise avec les poses ou autres, s’il n’y a pas de communication, cela n'aboutit à rien de très intéressant et le but est aussi de passer du bon temps sinon pourquoi vivre de sa passion.

Quels sont les problèmes les plus fréquents rencontrés durant/après un shooting photo ?

Maxence :

Je n’ai que très rarement eu des problèmes pendant mes shoots. Je n’ai d’ailleurs jamais eu de mauvaises surprises, comme par exemple des filles qui ne ressemblent pas à leurs photos, ou qui ont menti sur leur expérience et qui donc, ne savent pas poser.

Il m’est déjà arrivé qu’un modèle veuille supprimer un cliché posté sur mon compte, pour la simple et « bonne raison » que son compagnon n’appréciait pas qu’elle soit visible de cette façon. Egalement, ça m’est aussi arrivé qu’un modèle veuille que je supprime sa photo de mon compte parce qu’il n’assume pas les retours (notamment ceux de proches peu compréhensifs) et qu’elle se laisse influencer alors qu’elle est satisfaite du rendu final.

A l’époque, si le modèle me demandait poliment (très important de le préciser, c’est rarement le cas) de supprimer sa photo, je le faisais. Mais désormais, je ne le fais plus, sauf si c’est une décision personnelle. Avant de publier je montre les photos qui seront publiées sur mon compte au modèle, vu que j’organise mon feed plusieurs semaines à l’avance. D’un côté, ça permet au modèle de voir ce que je posterai à l’avenir, et voir s’il y a des modifications à faire sur mon choix de publication.

J’estime que prendre du temps à faire une collaboration, pour qu’au final les clichés ne soient pas exploitables, c’est très dérangeant. Bien que ça soit une passion, il y a du boulot derrière ces clichés, et un réel investissement personnel. Comme vous devez vous en douter, être photographe ne se résume pas à appuyer sur un bouton et faire une photo. Il y a un réel travail en amont, ne serait-ce que pour monter un projet, et surtout un travail de retouche après le shooting qui lui demande énormément de temps.

Pour finir, le souci certainement le plus commun, ce sont les modèles qui ne prennent pas le temps et qui ne jugent pas important de me mentionner sur les clichés que j’ai réalisés avec eux. Que ça soit en Story Instagram, ou directement sur leur profil, il est nécessaire de mentionner les photographes. Je ne m’attarderais pas plus que ça sur les modèles qui ajoutent des filtres sur les photos retouchées, ceux qui posent des lapins, ou qui annulent la veille pour le lendemain…

Victoire :

Quand on s’expose avec des photos en lingerie ou sans, on appelle aussi certains dit photographes malveillants ou qui confonde le modèle avec d’autre métier tournant autour du sexe… Se montrer nue et libérée ne veut pas dire que l’on est ouverte à se montrer nue à tout va et faire n’importe quoi!

J’ai fait la mauvaise expérience de me montrer moi-même non professionnelle en étant trop à l’aise AVANT le shoot en prenant un apéritif, or le modèle ainsi que le photographe se doit d’être en possession de 100% de ses capacités de jugement. Le photographe en question en a donc profité pour me resservir à boire alors que j’avais spécifié le fait que je devais rentrer après la séance et que je ne souhaitais pas boire davantage et donc tout cesser. Par ailleurs je ne vois pas ce qu’il y a d’attirant en un modèle balbutiant et dans un état végétatif. Certains; comme ici évoqué; profitent de leur notoriété pour gagner la confiance des modèles qu’ils contactent. Tout shoot devrait se dérouler dans le professionnalisme et accompagné, on ne se rend pas seule dans un lieu et une personne que l’on ne connaît pas. A la suite de cet épisode, je me suis sentie seule; et stupide. J’avais peur de parler de cela étant donné qu’il était plus “suivi” et n’avais pas envie de me positionner en tant que victime ou de celle qui crie au loup. Au final, je me suis rapidement rendue compte qu’il réitérait ces avances et plus avec bien d’autres modèles et que beaucoup de filles n’osaient pas en parler…On a pu discuter entre nous et nous alléger l’esprit, mais par peur de “s’exposer” nous n’avons pas fait d’annonce. Et voilà comment ce genre de photographe salit le nu artistique. 

Est-il important d’avoir un book pour contacter des modèles ? Comment se passe la prise de contact ?

Maxence :

Tout d’abord, je pense que c’est bien plus facile pour un photographe qui a déjà réalisé des shootings qui portent sur le nu de contacter les modèles, vu qu’on a une base et une expérience que l’on peut mettre en avant lors de la prise de contact, et le modèle peut voir ce que nous avons déjà réalisé.

Un book est préférable, surtout bien détaillé et mis à jour régulièrement, c’est très important pour crédibiliser votre travail. Très utile pour montrer ce que vous avez déjà fait, pour voir les conditions (différents styles que vous faites et ceux que vous ne faites pas également)

Votre book vous permettra de gagner du temps, et de vous mettre en avant auprès de votre collaborateur tout en restant très pro.

Amandine :

La prise de contact doit se faire simplement et de façon courtoise, en exprimant ce qu’on apprécie dans le travail de l’autre et expliquer ce que l’on recherche comme résultat pour soi-même. C’est un projet en commun, si l’un des deux n’y trouve pas son intérêt, cela n’a pas raison d’aboutir.

Victoire :

La plupart des photographes qui me contactent se déroule par le biais d’Instagram ou par mail après visualisation d’un book en ligne. C’est toujours un peu délicat lorsque l'on évoque un shooting de nu, en général on voit tout de suite si le feeling passe après l’échange de quelques messages; ensuite si l’on ne connaît pas la personne, il est préférable de la rencontrer avant de commencer à travailler, pour mettre à l’aise et voir si on peut aller plus loin dans la collaboration. Pour moi, si le photographe me contacte pour du nu mais n’a pas de quoi me montrer son travail, je ne m’y aventure pas. Un book permet de présenter au modèle ou au photographe son travail et sa manière de travailler, sa relation avec la caméra… 

Comment se passe la vie sur les réseaux sociaux après avoir posté une photo ?

Maxence :

Généralement je regarde les réactions sur la photo que je viens de poster pendant 30 minutes environ, principalement pour supprimer tous les commentaires déplacés, après je regarde plus trop, si ça plait tant mieux.

Amandine :

Il ne faut pas en attendre quoique ce soit, il est inutile d’y chercher de la reconnaissance. La photo est sujette à l’interprétation de chaque personne. L’important, c’est que le travail plaise avant tout aux personnes qui l’ont produit (photographe(s) et modèle(s)) le bonus étant d’être reconnue ou repérée par des marques ou professionnels, mais cela ne doit pas être le but premier.

Victoire :

Une photo pouvant appeler à la provocation, même si elle n’est pas vulgaire, engendre forcément des retours, car ce n’est pas un simple “selfie” ou une photo de son nom sur un gobelet Starbucks, surtout lorsque l’on est jeune. Cela ne doit pas être pris à la légère pour la personne qui la poste parce qu’il faut savoir que lorsqu’elle est publiée, elle ne nous appartient plus. J’ai pour ma part beaucoup de chance d’avoir une petite communauté qui me soutienne vraiment dans ce que je fais, mais aucune photo relevant du nu n’est anodine; et je pose toujours une réflexion avant de la publier. 

Comment vivez-vous la censure sur Instagram ?

Maxence :

En toute honnêteté, c’est chiant. Quand on voit que des vidéos violentes, de maltraitance animale ou des comptes à caractère pornographique qui ne se font pas supprimer, c’est énervant.

Surtout que les suppressions de photos se font sur dénonciation, il y a donc des personnes qui nous suivent ou qui viennent régulièrement sur notre compte juste pour signaler notre travail.

Maintenant quasiment pour toutes les publications sur Instagram pour du topless/nue je censure automatiquement avec des croix, c’est moins esthétique mais Instagram étant borné sur ce point…

Amandine :

Je la vis assez mal lorsque je vois tout ce qui traine en permanence sur Instagram (vidéos pornos, photos vulgaires, contenu violent…) dernièrement l’une de mes photos a été censurée pour cause de “tétons apparents” alors qu’ils étaient floutés derrière un rideau, sachant que certains postent et les exposent sans se voir censurés…

On se fait signaler par des gens qui nous suivent, mais pourquoi le font-ils s’ils n’apprécient pas ce qu’ils voient ? 

Victoire :

En terme général, elle est compréhensible car beaucoup de jeunes, voire très jeune sont sur les réseaux sociaux. Dans les statistiques je vois qu’il y a des personnes de moins de 15 ans qui me suivent, et qui suivent surement aussi beaucoup de compte similaire. La vulgarité va très vite lorsque l’on veut à tout prix se démarquer ou produire beaucoup de contenu. Le côté négatif c’est que tout va dans le même sac; j’ouvre souvent l’application en ayant un message d’Instagram me demandant si j’ai besoin d’aide, ou alors une photo retirée pour pornographie infantile. Une simple photo signalée alors que des comptes pédophiles, de mutilations, ou encore de personnes se plaisant à faire du mal et jusqu’à la mort des animaux traînent sur Instagram en toute liberté! Alors oui pour cela, la censure et le signalement fait mal lorsque tout ce que l’on souhaite c’est célébrer l’art du corps féminin et prôner l’émancipation des vieux mœurs français… Un téton est un téton peu importe sur quel corps.

Qu'avez-vous à dire aux personnes qui souhaitent se lancer dans le nu artistique?

Maxence :

Déjà, je pense qu’on ne peut pas faire de nu artistique quand on est mineure, du fait qu’une mineure doit avoir l’accord de ses parents et faire signer le contrat de droit à l’image/auteur par ses parents. D’ailleurs TOUJOURS signer un contrat, sans ça on a aucun moyen de savoir où vont les photos et pour quoi elles seront utilisées. Si un photographe refuse il vaut mieux éviter.

Une bonne technique est de demander si vous pouvez venir accompagnée de votre copain (ou d’amis) et voir la réaction du photographe, s’il est sérieux ça ne devrait pas lui poser de problème, s’il est réticent c’est qu’il a sans doute des arrières pensées.

Se baser au feeling aussi (et ça marche aussi bien en tant que photographe), ne pas forcer les choses, si on sent pas la personne ou si on a des doutes sur son comportement (les gens qui insistent, qui dérivent sur le perso ou qui veulent “faire connaissance” et mettent le projet photo en second plan, etc).

Ne pas croire tout ce qu’on vous dit, beaucoup de gens sur les réseaux sociaux disent représenter telle marque ou telle agence et font croire plein de choses surtout aux plus jeunes ou débutantes qui sont un peu naïves, ou abusent de leur influence sur Instagram pour contacter des filles (souvent des débutantes) et mettent ce côté “populaire” en avant.

Se renseigner sur la personne aussi, voir son travail, si c’est la première fois qu’elle fait du nu ou non, sa réputation (même si c’est à prendre avec des pincettes car malheureusement, beaucoup de gens se font des films ou inventent des choses par jalousie ou frustration). C’est d’ailleurs pour ça que j’ai rajouté une partie “avis” sur mon site, pour que les modèles avec qui j’ai travaillé laissent leur ressenti sur leur shoot, que ce soi en collaboration ou pro.

Surtout, il ne faut pas hésiter à en parler quand on a une mauvaise expérience avec un photographe ou un modèle, ça peut éviter à d’autres personnes de se faire avoir, ou à demander conseil si vous connaissez des gens qui connaissent ledit photographe/modèle. Ne pas hésiter à recadrer la personne pendant le shoot voir à stopper et partir si vous êtes mal à l’aise. Eviter d’aller chez la personne et de boire chez quelqu’un que vous ne connaissez pas, ça peut paraître parano dis comme ça, mais on sait jamais ce qu’on peut mettre dans votre verre (et j’ai déjà eu des retours de modèles qui ont eu des soucis de la sorte).

Toujours faire attention, on parle beaucoup en ce moment des photographes de stars qui se font blacklister pour agression sexuelle et autres affaires du genre, mais c’est des pratiques qui malheureusement se passent à tous les niveaux et c’est pour ça qu’il ne faut pas hésiter à parler, si personne ne le fait ces personnes malintentionnées continueront à salir l’image de la photographie et c’est regrettable.

Amandine :

Ne pas vous lancer si vous êtes mineure. Pour ce qui est des photographes, il est important de toujours bien vérifier les sources (sites, Instagram…) et éventuellement de rencontrer la personne dans un lieu public pour discuter du projet au préalable. Malheureusement, personne n’est à l’abri. De mon expérience, il faut faire attention à ceux qui utilisent leur “notoriété virtuelle” pour attirer les modèles. Récemment, j’ai vécu une très mauvaise expérience avec un photographe qui shoot des dizaines de modèles sur Paris, le côté attractif des 20000 abonnés sur son compte est trompeur et ne sert qu’à appâter ses proies, car il a la réputation de faire des avances à toutes ses modèles à la fin de ses shootings. Malheureusement, je l’ai appris à mes dépends et un ami photographe m’a dit plus tard qu’il était au courant que ce photographe était louche, il me l’aurait déconseillé s’il avait su que je comptais shooter avec lui. Il est donc important (si c’est possible du moins) d’aller vers des gens qu’on vous recommande, le monde de la photographie est plus petit qu’on ne le croit, et si cela peut servir à éviter les mauvaises expériences, il faut oser demander conseil autour de soi.

A ce sujet, je trouve que nous manquons cruellement d’une plateforme pouvant répertorier ce genre de problèmes, car si on ne connaît personne dans le milieu lorsqu’on débute, on peut vite se faire avoir. Un site, une appli est à envisager. Il y a déjà eu des tentatives de “listes noires” pour les photographes, mais le compte @shitmodelmgmtlist n’est pas tenu à jour et peu constructif, de plus, son admin a dû faire face à des menaces de mort et des insultes au moment de sa publication. Il serait nécessaire d’avoir un endroit neutre où pouvoir donner son avis, raconter son vécu, que ce soit pour des bonnes ou mauvaises expériences sur un shooting. Cela permettrait à beaucoup de s’assurer la sécurité à se lancer dans cette voie, et empêcherait ceux qui croient pouvoir agir de façon malsaine dans l’ombre à continuer leur manège, car non seulement ils font du mal aux modèles mais ils font du tort à toute la profession de photographe. 

Victoire :

En dehors de la photo, il existe beaucoup de chantage ou autre méthode pour recevoir des images plus dénudées. Plus jeune j’ai déjà eu droit à des “les autres filles envoient des nudes elles, si tu ne m’en envoies pas je te quitte”, et cela fait se remettre en question. J’ai aussi une fois envoyé une photo pour moi anodine (mais tout de même intime et ayant pour but de n’être visionné que par le destinataire) en maillot de bain à mon copain du moment qui s’est empressé de la faire tourner à tous ses amis.

Notre corps nous appartient et on ne doit rien à personne. Si l’on souhaite se lancer dans ce domaine il faut être sûr de ses motivations et il faut le faire pour soi, réfléchir également sur le fait qu’on aura forcément un retour, et que sa famille sera (dans la plupart des cas) au courant.

Il ne faut rien prendre à la légère, la discussion avec des modèles et/ou photographes peuvent amener à des réponses nécessaires. Sachant aussi que l’on peut être reconnu dans la rue; récemment je me baladais seule et un homme aux bras de sa petite amie m’a reconnu et m’a souri, puis sa copine, dans l’incompréhension l’a mal pris, mais cela peut aussi se dérouler d’une toute autre manière… En étant conscient des risques évoqués, si l’on souhaite se lancer dans ce domaine, il faut le faire pour soit; le principal est avant tout de faire ce qui nous plait! Il faut aussi se renseigner sur le photographe, échanger, ne pas se rendre seule et une fois la confiance établie, profiter au maximum! Si toute forme de malaise s’installe, on se force et ce n’est pas le but!

Je ne sais pas si vous connaissez, mais Barbara a lancé un concept plutôt intéressant sur Instagram il y a quelques mois. Avez-vous déjà entendu parler de Carton Rose ?
Comment t’es venue l’idée Barbara ? Explique-nous !

L'idée de Carton Rose m'est venue de mon expérience de modèle : en effet dès l'âge de 16 ans j'ai commencé à recevoir des messages étranges d'inconnus, voir même des photos nues. J'étais profondément choquée et je ne savais même pas à qui en parler, persuadée par moi-même et par les autres aussi que le problème venait de moi, de par les photos que je faisais. A force de temps et d'en parler avec des femmes modèles (ou non) qui m'ont également fait part de leurs mauvaises expériences et de leur stupeur. Je me suis rendue compte petit à petit que ce problème venait des autres, de l'éducation sexuelle que les autres recevaient. Je dis « autres » car ce problème peut être féminin comme masculin, il m'est déjà arrivée de recevoir des nus et des paroles étranges de femmes aussi.

En continuant à en parler avec des femmes autour de moi, j'ai eu envie de créer une sorte « d'exposition » de tous ces messages honteux. A la base cela partait d'une blague... puis après un énième message extrêmement blessant j'en ai parlé avec mon compagnon de l'époque qui lui est YouTubeur et qui m'a été d'un grand soutien, il m'a aidé à me lancer. J'ai donc ouvert un Instagram appelé Carton Rose, afin de publier les screens de messages que les femmes peuvent recevoir. Évidemment beaucoup d'inconnues m'ont de suite contacté, Carton Rose était comme une cellule psychologique pour les femmes. J'ai pu les rassurer en leur expliquant que la faute ne venait pas d'elles, et j'ai eu de suite l'impression d'aider en étant une oreille attentive et en montrant à ces femmes qu'elles n'étaient pas seules. Je me suis immédiatement sentie très utile dans cette démarche et j'ai reçu beaucoup d'aides de personnes extérieures à ce projet.

Malheureusement Instagram ne partageant pas mes valeurs j'ai dû créer un Twitter après m'être fait supprimer deux comptes qui étaient en quelques semaines à environ 7000 followers. 

Vous pouvez bien évidemment suivre ce projet de très près, si vous aussi, vous souhaitez partager et vous libérer de ce harcèlement sur les réseaux sociaux.

Je tiens à remercier Maxence, Amandine, Victoire et Barbara pour leur soutien sur cet article, qui j'espère aidera les personnes à bien se sensibiliser vis à vis de cette pratique qui se développe assez rapidement chez les mineurs. Je compte sur vous pour sensibiliser les personnes autour de vous, en partageant cet article sur vos réseaux sociaux!

Commentaires

5 Commentaires

  • Myreje
    26 août 2018 at 17 h 23 min

    Franchement excellent article du bon boulot 🤝
    Les personnes songeuses à la photo de nu doivent lire cette article et même les autres qui voient ça d’un mauvais œil pour comprendre l’etats esprit des modèles .

    ps : Les photos nu de l’article sont classes nom de dieu . ( je demande à voir pour des modèles plus «  communs » lol )

    • GinL
      1 septembre 2018 at 13 h 27 min

      On ne peut pas demander à tout le monde d’avoir un regard objectif et artistique sur ce genre de photo… Il y aura toujours de la convoitise, de la jalousie, de l’incompréhension. Qu’elle soit culturelle où synonyme d’imaturité artistique, la critique ‘des photos de nu’ sera toujours là.
      Tous les artistes sont confrontés à des personnes qui expriment leur avis de manière plus où moins arrêtée et intélligemment formulée. Certains ne feront pas la différence entre une photo exclusivement érotique (voire pornographique tirant sur le vulgaire) et une photo travaillée.
      Ce que dit la modèle est probablement la ‘seule’ manière intelligente d’y ‘répondre. ‘Ignorer le commentaire déplacé’, viser des plateformes proposants des regards d’observateurs avertis et intéressés par ce genre de travail ?
      Il y aura toujours des problèmes avec la liberté d’expression et certaines personnes sont devenus, avec l’âge et l’apprentissage, inéduquable sur le sujet.

      • Admin
        1 septembre 2018 at 13 h 58 min

        Je suis totalement d’accord avec toi!
        Malheureusement, ce sujet est bien trop peu médiatisé à mon sens..
        Merci pour ton retour!

        • GinL
          1 septembre 2018 at 14 h 11 min

          Oui… ce n’est pas beaucoup médiatisé dans ce sens, probablement parce que ce qu’on médiatise encore aujourd’hui c’est le corps ‘objet’ et non le corps ‘artistique’ (d’ailleurs la question de ce qui est ‘art ou non’ fait déjà polémique en soit).
          On le voit dans la pub, dans les téléréalités,… le corps de l’homme est de la femme est ‘objet de convoitises’. Donc les regards sont majoritairement outrés ou sexualisés, quand ils sont confrontés à une photo de nu.
          Il n’y a qu’à voir les comportements sur les réseaux sociaux face au combat des femmes et des hommes contre le harcèlement de rue, et d’ailleurs, sur tous les sujets qui parlent de ‘liberté d’expression’ les premiers à se manifester sont de fervents réfractaires à cette même liberté.
          La surface de l’eau est plutôt sale sur internet, parce qu’elle brasse énormément de choses, de cultures, de personnalités… Ce n’est plus le cas lorsqu’il s’agit de pousser les portes d’une exposition thématique ou de se rendre sur un site qui regroupe des gens intéressés par ce genre de choses. Assurément, il faut viser son public et donc sa plateforme de diffusion, si l’on souhaite éviter au mieux de se faire agresser. Ça ressemble à une forme de ‘laisser faire’, mais personnellement… j’ai mieux à penser qu’à me battre contre des esprits fermés et plus à gagner avec des critiques constructives 🙂

  • Cocor
    28 septembre 2018 at 13 h 17 min

    Merci, Merci et re Merci pour cet article, je pense que c’était important de parler un peu de ce sujet dont on entend trop peu parler.
    La perception du nu (et même de l’art en général) est propre à chacun, mais il est vrai que ça reste un sujet prohibé et controversé.
    Dans la société actuelle on associe encore le nu avec le porno. Le concept d’exprimer, de concevoir de l’art grâce à un corps dénudé est mal compris et mal interprété. Je pense que c’est la raison pour laquelle en tant que modèle ou photographe on reçoit encore beaucoup de commentaires déplacés.
    Cependant, je pense aussi que c’est à nous d’aller à l’encontre de ce tabou en “éduquant” les gens à cette forme d’art. Essayer tant bien que mal de faire comprendre que oui on peut faire passer un message via un corps nu, et que non, toutes les photos de nanas dénudées ne sont pas destinées à Playboy ou je ne sais quel autre magazine de cul.

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